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16 mars 2017

Ce qui est bon pour (...)
Ce qui est bon pour l'auto l'est-il aussi pour l'État ?
Jean-Michel Chevalier
Les Petites Affiches

Dans les années 80, Peugeot annonçait "sortir ses griffes" mais ne proposait alors sur son catalogue que d’honnêtes voitures, de bonne facture et plutôt tranquilles, à l’exception de la 205 GTI, survitaminée et multi championne du monde des rallyes. Une production pour pères de famille, loin de la flamboyance des Italiennes, mais surtout qui restait au seuil du segment premium représenté par les Allemandes (déjà !).

Justement, je me souviens du titre à la Une d’un magazine d’outre Rhin au sujet de la sortie de la 505. À lui seul, il résumait l’affaire : "Gut, aber kein Mercedes" (Bien, mais ce n’est pas une Mercedes).
Au fil des années, après une ou deux catastrophes industrielles (disparition de Talbot, 309 mal née, la 1007), la marque a progressivement perdu de sa superbe au point d’être quasiment moribonde lorsque Carlos Tavares s’est installé au volant et a allumé le turbo. Aujourd’hui, les résultats sont là, indiscutables. Au point que le lion sochalien, qui était menacé de disparition, vient de racheter la marque - allemande - Opel.
Ce résultat n’est pas tombé du ciel. Il a même été payé du prix des sueurs (une bonne dose de flexibilité) et des larmes (17 000 départs), conditions sine qua non pour l’arrivée de l’État et du Chinois Dongfeng dans le capital de l’entreprise (14% chacun).
C’est là que l’opération est maline : en devenant avec cette acquisition le 2ème constructeur européen et en montant en gamme, la marque - qui inclut aussi Citroën - vise plus loin que le vieux continent. On ne serait pas étonné que les phares des nouveaux modèles adoptent un "look bridé" pour séduire la clientèle asiatique. La Chine, à elle seule, constitue un gigantesque marché où les... Allemands sont déjà bien implantés, mais où le Français avec ses partenaires locaux peut logiquement s’installer.
Le grand remue-ménage, la réorganisation de fond en comble de la société conduit par Tavares était un pari risqué. Est-il transposable à notre État ankylosé par des dizaines d’années d’immobilisme, de jusqu’au boutisme sur les corporatismes et les droits acquis gravés dans le marbre ?
Tous les candidats en rêvent, en parlent pendant cette campagne. Mais, une fois installé à l’Élysée, le nouveau président aura t-il vraiment les moyens de passer la surmultipliée ?