Economie

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20 juin 2019

C'est quand ça s'accélère
C'est quand ça s'accélère que les choses rétrécissent...
Jean-Michel Chevalier
Les Petites Affiches

Jadis, à l’époque de nos arrière-grands-parents, lorsque seules les lettres reliaient les personnes éloignées, nous disposions de temps "devant nous" pour réfléchir et apporter une réponse précise, pesée, soupesée (et souvent calligraphiée en pleins et déliés). Une semaine était alors un délai court pour un échange.
Puis, à l’époque de nos grands-parents, le téléphone est arrivé. Il a déjà commencé à rétrécir l’espace temps entre les individus. Alors que nous choisissions notre moment pour lire notre courrier et répondre sur notre machine à écrire, la sonnerie de l’instrument inventé par Alexander Bell est venue nous surprendre dans les moments les plus inattendus : pendant les réunions, la sieste, les repas, tard le soir...
- "Allo, qu’est-ce que tu en penses ?". Et nous étions déjà obligés de répondre sur le champ. Mais au moins le téléphone était-il fixe et ne nous suivait-il pas à la plage, en voiture, au restaurant, comme ces diableries connectées sur la 4 et bientôt la 5G.
Puis le fax est devenu l’objet high tech du bureau. C’était au mitan des années 90. Au début, je me souviens, on me téléphonait pour me dire qu’on venait de m’envoyer un fax. Puis on me demandait si je l’avais bien reçu, lu, et finalement ce que j’avais décidé... Réponse sur le champ espérée.
L’ère du smartphone a encore accéléré le mouvement. Elle renvoie le téléphone fixe et le fax au musée et la machine à écrire au rayon des curiosités.
Désormais, nous avons l’internet addictif dans la poche. L’écran lumineux est toujours à portée de main, d’oreille et de lunettes parce que la lecture n’y est quand même pas très confortable. Le monstre sommeille en permanence auprès de nous, gardien de nos nuits numériques. Et, surtout, si nous avons l’outrecuidance de l’abandonner ne serait-ce que deux minutes, le temps d’aller acheter une glace par exemple, la messagerie vocale nous rattrape fissa : "allo, non mais quoi, tu ne réponds pas ? T’es où ?"...
Maintenant, bon nombre de mes interlocuteurs me disent que même la messagerie est dépassée. Parce que l’on perd trop de temps à écouter les messages, surtout s’il y en a plusieurs à la chaîne (et parce que nos correspondants ne savent pas toujours être concis...)
Nous voilà donc priés d’envoyer des textos, seulement des textos, pour les urgences comme pour les banalités. Et bientôt on nous dira : "pas plus de 40 signes et espaces !"
Nous en sommes donc arrivés à l’époque où il n’y a plus ni espace, ni temps. Où l’immédiateté est devenue la dictature de l’instant. Il n’y a pas que dans la "téléphonie" que l’accélérateur s’est bloqué en position pied au plancher. On le voit dans tous les moments de la vie : fast food, drive... Une
société zapping, qui fait que l’on doit déjà être ailleurs alors qu’on n’est pas encore arrivé. Même notre très sage Premier ministre est revenu sur son 80 kilomètres à l’heure sur les routes départementales pour dire que, finalement, 90 pourquoi pas, mais que bon quand même la vitesse...

Pour mes vacances, je vais tenter de couper la chose qui tintinnabule à tous propos et pour laquelle je m’inquiète toujours de l’avoir oubliée (ou d’être à court de batterie).
Ce sera dur, je n’en doute pas, mais j’ai envie de "rallonger" mon temps de farniente et de manger ma glace tranquille...

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