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5 août 2019

Forces de police : (...)
Forces de police : les efforts des villes pour s'équiper
Jean-Michel Chevalier
Les Petites Affiches

Plus de 430 000 policiers nationaux et municipaux, gendarmes et agents de sécurité en France. Interpellations, violence, terrorisme... : l’époque n’est plus au garde champêtre battant le tambour, mais à des hommes équipés, entraînés et armés. Les "municipaux" de Villeneuve-Loubet, comme ceux de la plupart des grandes villes du département, ont remisé leurs vieux Smith et Wesson au profit d’armes plus efficaces, des pistolets semi-automatiques calibre 9 mm rapides, précis, puissants. Cela ne correspond pas à un "caprice" sécuritaire des maires, mais à la réalité de la délinquance sur le terrain. Dans un rapport parlementaire remis le 11 juillet, les députés Jean Michel Fauvergue (LREM) et Christophe Naegelen (UDI et Indépendants) font une série de propositions pour améliorer l’efficacité de nos forces de sécurité intérieure.

"Pression opérationnelle inédite"

"J’ai consacré 40 ans de ma vie à la police nationale. J’ai vu la situation se dégrader, l’efficacité diminuer. Nombreux parmi les femmes et les hommes qui servent dans la police ou la gendarmerie travaillent dans des conditions déplorables, générées notamment par la vétusté des bâtiments et un manque de moyens logistiques et techniques" explique Jean-Michel Fauvergue, qui fut le patron du Raid. Il a constaté que nos forces "sont confrontées depuis des années à une pression opérationnelle inédite" en raison d’une menace terroriste élevée qui mobilise des effectifs pour une sécurisation accrue des grands événements sportifs ou culturels.

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Les policiers municipaux de Nice : très bien équipés. (DR)

Il pointe aussi une "poussée migratoire historique", avec (...) l’interpellation de 80 000 personnes entrées irrégulièrement sur le territoire entre 2017 et 2018". Sans oublier la tendance de fond à "la radicalisation de la contestation sociale", qui se traduit par des manifestations d’ampleur attirant des groupes violents en marge des "gilets jaunes".

De ce constat, les députés font une trentaine de propositions.
Elles vont de la mise en place d’une loi de programmation prévoyant les futurs "investissements indispensables" - renouvellement du parc automobile, constructions nouvelles - à la dématérialisation des procédures pénales. Pour eux, il faut utiliser "les possibilités offertes par le numérique en développant et en imposant l’utilisation de la vidéo-audience". Ils souhaitent étendre le recours à l’amende-forfaitaire en matière délictuelle "pour garantir une réponse
pénale effective et plus systématique", et améliorer le recouvrement des amendes "en permettant par exemple de procéder à des saisies sur les ressources financières et/ou sur les biens personnels". Ils veulent aussi limiter les missions "périphériques" comme les procurations pour élections, et confier le transfert des extractions judiciaires à l’administration pénitentiaire.
Pour les rapporteurs, on ne passera pas à côté d’une refonte de l’organisation des services de sécurité. "Il faudra faire des polices municipales des acteurs à part entière de la sécurité intérieure en créant une école nationale de formation des policiers municipaux sous l’égide du ministère de l’intérieur et en harmonisant les statuts des policiers municipaux et des gardes champêtres."

Selon une étude de 2017, la direction générale de la police nationale comptabilisait 22% d’immeubles vétustes. Pas tous dans l’état déplorable du commissariat de Fontainebleau, cité en (mauvais) "exemple" par les députés rapporteurs, mais guère brillants tout de même...
De leur côté, les gendarmes ne sont pas mieux lotis puisque 80% de leurs casernements ont près de 50 ans...
Quant au parc automobile de la police nationale, son âge moyen était de 7,4 ans en 2018, et bon nombre de ces véhicules fortement "kilométrés" pourraient bien se faire retoquer au prochain contrôle technique... Et les
blindés vus à la télévision autour de l’Arc de Triomphe lors des manifestations des gilets jaunes ont pas loin du demi siècle. Leurs pots d’échappement fument comme jadis les cheminées de la Ruhr... et sont loin des normes de Crit’Air.

Les "Municipales" bien équipées

Ce constat - peu reluisant mais hélas réel - appelle à la modestie. Mais il y a tout de même les polices municipales qui sont globalement mieux loties. Surtout dans notre région, où les villes ont investi massivement pour recruter et équiper des hommes et des femmes très présents sur la voie publique.

À Nice, par exemple, le nombre des policiers municipaux est passé de 273 à 441 entre 2008 et 2019, soit + 101%. Il y a aussi 181 ASVP et 81 administratifs. La capitale de la Côte d’Azur a acheté en dotation 97 revolvers ainsi que 280 pistolets automatiques et semi-automatiques, tandis qu’une centaine d’autres est encore en commande. Il y a aussi 17 flash-ball, 20 pistolets électriques, 50 bombes lacrymogènes, 266 tonfas et 130 bâtons télescopiques dans l’armurerie des policiers municipaux niçois. Ils disposent d’une cinquantaine de voitures, du double de scooters et de motos, et aussi d’un scooter... des mers.

Armement généralisé
Mêmes efforts pour Cannes, avec 193 municipaux, 44 ASVP et 140 administratifs (gardiens de square, gestion de stationnement, contrôle des terrasses, des foires et marchés, etc.) Avec une caméra pour 115 habitants, la ville du cinéma revendique d’ailleurs le réseau de vidéo-protection le plus dense de France. Alors qu’il y avait encore un débat "philosophico-politique" il y a une dizaine d’années sur l’armement des policiers municipaux, les principales villes de la Côte d’Azur ont toute tranché en faveur de cet équipement. Une question d’efficacité et de sécurité, puisque toujours présents sur le terrain les PM se retrouvent aux premières loges aux côtés des nationaux.

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(DR PA- JMC/EK)
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