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12 octobre 2017

Economie Edito

La force injuste du radar

La force injuste du (...)
La force injuste du radar
Jean-Michel Chevalier
Les Petites Affiches

Le droit à la déconnexion, d’accord. Mais il faudrait aussi être capable de s’imposer un... devoir de déconnexion. Les sondages sur nos comportements montrent en effet que la plupart d’entre nous ne sont plus capables de déjeuner sans jeter un coup d’œil furtif à sa messagerie "au cas où..." C’est saucisse-SMS, chipolata-Gmail ! Bref, nous faisons en permanence deux ou trois choses en même temps.
La seule responsabilité nous en incombe, la technologie n’y est pour rien.
En revanche, le numérique a déjà pris le pas sur l’humain dans de nombreuses missions que nous lui avons déléguées, comme celle des contrôles de vitesse.
Monstre froid d’électronique et d’aluminium, les radars des bords de routes flashent à qui mieux-mieux et une procédure automatisée adresse le PV à l’automobiliste fautif sans aucune intervention humaine. C’est pourquoi vous perdez à minima et sans autre forme de procès 90 euros et un point pour un dépassement de quelques kilomètres à l’heure. C’est pourquoi, au carrefour, si l’arrière de votre voiture passe au rouge à la milliseconde près, vous serez considéré comme un terrible délinquant (même si, quelques secondes auparavant, vous étiez bloqué par un bouchon, votre
voiture se trouvant "à cheval" à hauteur du feu sans que vous n’ayez la possibilité de voir la couleur de celui-ci).
La semaine dernière, Nice Matin a rapporté dans une enquête ce qu’il faut bien appeler la dérive du système automatisé des PV.
Depuis le 1er janvier, payer l’amende comme auparavant ne suffit plus, les entreprises sont obligées de dénoncer nominativement l’employé qui a commis un excès de vitesse. Faute de quoi, la note grimpe à
450 euros(!). Et surtout abstenez-vous d’engager un recours gracieux comme la loi le permet, car il sera systématiquement retoqué dénoncent les associations de conducteurs. Dans ce dernier cas, la facture peut grimper...
- c’est à peine si on ose l’écrire - jusqu’à 1 600 euros (oui, vous avez bien lu).
Je pense que même dans les sociétés totalitaires on n’a pas (encore) osé pondre un système aussi technocratique et aussi injuste.
Autrefois, il y a encore 10 ans, le gendarme posté au carrefour jugeait la manœuvre et ne dégainait pas aveuglement son carnet à souches si l’arrière de la voiture passait au rouge. Et lorsque le bon vieux radar en forme de barbecue vous dénonçait à 92 km/h pour 90, avec un peu de chance, vous vous en tiriez avec une remontrance. Ce n’était pas du laxisme, juste de la "bonne police".
1 600 euros, c’est plus que le salaire net d’un smicard. Souvent plus que le revenu mensuel d’un artisan, d’un avocat en début de carrière. C’est trois mois de location d’un studio pour un étudiant. Mais ça, le radar ne le sait pas. Vive le progrès !

J.-M. CHEVALIER

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