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2 septembre 2019

#LAREF19 Inégalités, (...)
#LAREF19 Inégalités, conflits, climat : les entrepreneurs relèvent les défis
Jean-Michel Chevalier
Les Petites Affiches

Pour sa rentrée, le Medef prend à bras le corps les grands problèmes du moment qui dépassent largement le domaine économique.

Tout a changé : l’Université d’été du Medef, qui s’est tenue ces mercredi et jeudi, est devenue la REF "Rencontre des Entrepreneurs de France". Après vingt années de fidélité au campus de HEC à Jouy-en-Josas, elle a déménagé sur l’hippodrome de Paris-Longchamp. Mais dans le fond, rien n’a vraiment changé, en tout cas pas l’état d’esprit des patrons, qui profitent de cette grande messe de rentrée pour rencontrer les grands décideurs nationaux afin d’influencer la politique économique de notre pays.

Climat, inégalités, conflits… quel capitalisme pour demain ?".


Alors que, hasard du calendrier, l’Amazonie est en feu et que des migrants se noient encore en Méditerranée, ces interrogations, partagées par tous les entrepreneurs ont servi de fil rouge à ces journées de réflexion. C’est la raison pour laquelle le "casting" des invités aux conférences était assez "rock’n roll", allant des principaux ministres (Économie, Budget, Santé, Travail, Transition écologique, Aménagement du territoire) jusqu’à l’ancien
président de la République Nicolas Sarkozy, en passant par la venue de Jacline Mouraud, figure des gilets jaunes, ou la Grande duchesse du Luxembourg. Un cocktail (d)étonnant et riche d’échanges d’idées.

Le libéralisme menacé ?

Quelques notes du "God save the Queen" des Sex Pistols pour ouvrir ces journées. Le ton était donné avec ce clin d’œil punk, pour signifier que ce mouvement des années 70 remettait en cause la société "de façon violente" comme d’autres le font aujourd’hui avec le capitalisme. Alors Geoffroy Roux de Bézieux a plaidé pour une économie ouverte, solidaire, entreprenante – en un mot libérale - et s’est dit persuadé que "les entrepreneurs réussiront à retrouver un futur et à réinventer l’économie de marché".
Pour le patron des patrons, les trente dernières années "ont permis à plus d’un milliard de personnes de sortir de la grande pauvreté. Des classes moyennes ont émergé, des fortunes immenses sont apparues. Au risque de choquer, je pense que les inégalités sont nécessaires pour récompenser les talents. Mais la prospérité n’a pas toujours été bien partagée, et ce phénomène mondial a pris en France une résonance particulière avec les gilets jaunes, y compris dans la violence nihiliste mais paradoxale dans le pays qui redistribue le plus".

L’international aussi

Concernant les relations internationales, il a considéré que le bras de fer entre US et Chine "n’est pas un phénomène passager lié aux personnalités des dirigeants actuels. Le commerce devient la continuation de la guerre par d’autres moyens (…) Il ne faut pas être naïfs, nous soutenons l’initiative française de taxation des GAFA".
Quant au Brexit, il a affirmé que nos voisins ne peuvent à la fois "être en dehors de l’Union et avoir les avantages de l’Union".
N’en déplaise aux Sex Pistols…

Bruno Le Maire dans le sens du poil

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Le ministre de l’Économie et des Finances a promis la stabilité fiscale attendue par les entrepreneurs. (DR JMC)

La visite d’un ministre de l’Économie et des Finances devant le cénacle des patrons relève du grand oral. À la fois attendu et redouté, ce rendez-vous pouvait s’avérer "piégeux", mais Bruno Le Maire en est ressorti avec une note honorable, face à un jury de plusieurs milliers de personnes qui ne lui était pas acquis d’avance.
Il a déminé le terrain en promettant la "stabilité fiscale" pour les entreprises, répondant à une vieille "revendication" du Medef pour qui rien ne peut se construire dans la durée sans une bonne visibilité. Et il a aussi confirmé que la baisse des impôts sur les sociétés sera poursuivie. Du miel pour les patrons présents, qui représentaient tous types d’entreprises, des plus modestes aux grands groupes, qui doivent lutter face à la concurrence de pays où les contraintes sont moins fortes.
Et alors que les analyses sur la situation économique de la zone euro sont bonnes, le docteur Le Maire a placé un bémol, affirmant "ne pas se satisfaire d’une croissance molle. Il faut réorganiser le financement des entreprises au niveau européen pour pouvoir investir davantage".
Il a indiqué qu’un Brexit sans accord pourrait avoir des conséquences importantes pour de nombreux secteurs de notre économie (agriculture, industrie, commerce etc.) et que les entreprises françaises doivent s’y préparer. Elles bénéficient pour cela du soutien des services de l’État.
Le ministre a aussi insisté sur les efforts à réaliser en matière de formation, de rémunération, sur l’intéressement. "Les Français veulent avoir un travail qui paie bien et ils ont raison" a t-il conclu.

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Philippe Renaudi, patron de l’UPE-06, partisan d’un libéralisme soft permettant de concilier l’humain et le développement des entreprises. (DR JMC)

Une délégation azuréenne bien représentée

"Nous sommes en France dans un capitalisme modéré. Nous avons des salariés qui deviennent actionnaires de leurs entreprises, contrairement aux pays émergents qui pratiquent un capitalisme dur, et aux grandes puissances qui se referment sur elles-mêmes". Philippe Renaudi, président de l’UPE-06, présent à ces journées du Medef, considère qu’il n’y a pas d’avenir heureux sans un capitalisme bien tempéré.
Pour lui, pas d’inquiétude, puisque les entrepreneurs aujourd’hui aux manettes appartiennent à cette génération des adeptes du capitalisme modéré, à l’instar de leurs collègues allemands, japonais ou du Bénélux partageant les mêmes valeurs, ou encore les étudiants sortis des écoles de commerce "qui ont été formatés dans ce sens". Mais ce libéralisme soft n’est plus forcément de mise chez les jeunes entrepreneurs "qui sont plus durs parce que confrontés à une concurrence mondiale" qui élimine sans pitié les faibles. Il a ainsi cité l’exemple des créateurs de startups, qui ont un sens aigu de la performance sans s’encombrer d’autres considérations que la réussite.
Cette nouvelle donne mondiale va impacter le modèle français. "Les entreprises vont prendre davantage de responsabilités à l’avenir" pronostique le patron de l’UPE pour qui les avantages sociaux vont forcément marquer le pas. "Au risque de décrocher, on ne peut pas toujours vivre à crédit".

Modes de vie et pouvoir d’achat
Concernant les inégalités qui préoccupent le syndicat patronal, Philippe Renaudi tient à relativiser : "notre système a quand même réussi à faire de la France un pays riche. Nous sommes à la fois l’État qui prélève le plus et qui redistribue le plus. Je pense que ce qui a changé ces dernières années, c’est notre façon de consommer. Quand dans une même famille il y a quatre abonnements smartphones, deux téléviseurs, des abonnements à des chaînes spécialisées… il ne reste plus grand-chose à la fin du mois. Ce qui ne veut pas dire que l’on est pauvre, mais cela engendre forcément des frustrations".
Il préconise, dans la droite ligne du Medef, de "créer un écart conséquent" de revenus entre les gens qui travaillent et ceux qui vivent des aides sociales. "On pourrait, par exemple, supprimer les cotisations sur les salaires des nouveaux embauchés pendant deux ans, ce qui ferait d’un seul coup deux ou trois cents euros supplémentaires sur la fiche de paie. Il faut faire du social à bon escient, en redonnant du pouvoir d’achat aux retraités".
Concernant l’économie azuréenne, le patron des patrons du 06 constate une reprise "réelle mais fragile. Tous les clignotants sont au vert. Nous avançons vers les élections municipales sans avoir enregistré de ralentissement, comme c’est le cas habituellement les années de consultation électorale. Reste un point noir : le chômage. Il y a des choses à faire puisque beaucoup d’emplois à pourvoir ne trouvent pas de preneurs dans notre département".

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La délégation azuréenne entourant Yvon Grosso président du Medef Sud (DR JMC)

Indiscrétions

- Faire venir des gens différents, comme Jacline Mouraud des gilets jaunes, a provoqué en interne de gros débats au moment de dresser la liste des invités. Fallait-il ou pas offrir une tribune à celle dont le mouvement a handicapé les entreprises ces derniers mois ? La réponse a été "oui" pour ouvrir des débats "sans tabou".
- Cette ouverture n’a cependant pas été jusqu’à faire venir à Longchamp Marion Maréchal ni l’Insoumise Raquel Garrido, qui avaient pourtant été initialement invitées. La polémique a été trop forte, et l’organisation a fait machine arrière. Pas de protestation en revanche pour la venue de Maître Dupond-Moretti, dont la présence est inévitable dès qu’il y a des caméras...
- Stands en bois, gobelets réutilisables, absence de climatisation... : les organisateurs ont voulu se montrer exemplaires en matière d’éco-responsabilité. Un bon point. Mais encore une interrogation sur le bilan carbone pour les (mauvais) esprits : combien de participants sont-ils venus sans covoiturer ou en avion quand le train était possible ?
- Édouard Philippe a lâché du "lest" sur le bonus-malus qu’Emmanuel Macron avait promis sur les contrats courts pour réduire la précarité à l’embauche. Geoffroy Roux de Bézieux a obtenu un report à 2021 de cette mesure et un périmètre rétréci qui exclut les trois plus gros secteurs pourvoyeurs de CDD (santé, social, spectacle et bâtiment).
Merci qui ? Merci… patron !
-  Changement climatique : Cent entreprises se sont engagées l’an passé "de façon concrète et quantifiable" pour améliorer leur bilan carbone. Elles ont restitué leurs expériences et les adhérents du Medef sont maintenant invités à les imiter.

Photo de Une : Geoffroy Roux de Bézieux à la tribune lors de l’ouverture de la REF 2019. (DR JMC)

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