Economie

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2 novembre 2017

Pourvu que la chienlit
Pourvu que la chienlit catalane ne soit pas contagieuse..
Jean-Michel Chevalier
Les Petites Affiches

L’écroulement de la plus solide des murailles commence, toujours, par une petite fissure... Aujourd’hui, l’Europe chancelle sur ses bases. Elle plus que jamais fragilisée, non pas par la concurrence économique sans pitié des Etats-Unis et de la Chine, mais par la sédition d’une petite province du nord-est de l’Espagne qui rêve de prendre son indépendance.
Au sens classique du terme, la Catalogne est effectivement un pays : elle a une culture, une langue, un sentiment d’appartenance très fort à un destin commun. Mais elle n’a pas de frontières, pour la bonne raison qu’elle n’est, au sens moderne du terme et du droit international, qu’une province, ce qui n’a rien de péjoratif (surtout quand la capitale est aussi belle que Barcelone...)
Mais c’est un signe très négatif que les Catalans envoient à leurs voisins de Castille et d’Aragon. Alors que l’heure est grave - chômage record, dette abyssale - l’Espagne ne veut évidemment pas voir "partir" la plus riche de ses régions. Et elle a raison, car le référendum récemment organisé par les séparatistes est juridiquement nul, matériellement contestable, et n’a attiré qu’une minorité du corps électoral, précisément celle qui rêve de mettre les voiles.
Si la Catalogne est riche aujourd’hui, c’est bien sûr grâce à ses talents, mais aussi à l’État espagnol qui a su à la mort du Caudillo regagner les rangs de la démocratie, se développer en s’ouvrant sur le monde et sur l’Europe en particulier, en profitant de la croissance et du marché commun qui lui ont fait quitter la deuxième division pour revenir parmi les grandes nations.
Cet épisode catalan est aussi un précédent fâcheux pour le vieux continent. Davantage même que le Brexit, qui fut voté démocratiquement, même si une démagogie exacerbée a quelque peu biaisé les résultats.
Sans doute Madrid a t-elle mal géré cette "crise". Donner du gourdin sur les têtes qui dépassent est toujours une mauvaise idée, injustifiable, inqualifiable. Mariano Rajoy n’a pas trouvé les mots, les arguments. La chienlit s’est installée. Elle est grave car, qu’elle que soit le résultat de l’épisode, il laissera des cicatrices indélébiles dans les sociétés catalanes et espagnoles.
Il est plus facile de détricoter ce qui a été bâti dans la peine que de construire un avenir sur des bases incertaines.
Convoqués une nouvelle fois - et légalement - aux urnes, les citoyens de la province auront l’occasion de se prononcer début décembre. Mais il n’est pas sûr que la lumière jaillisse de cette concertation, tant les positions des "pro" et des "anti" paraissent irréconciliables.

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