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12 août 2019

Rosé : bien mieux que (...)
Rosé : bien mieux que le vin de l'été !
Jean-Michel Chevalier
Les Petites Affiches

Un petit "vin de soif", tout juste bon à régaler des amis autour d’un barbecue en été ? Allons donc ! En une trentaine d’années, le rosé de Provence est passé du statut de breuvage que l’on partageait avec un peu de condescendance à celui de nectar, au prix parfois exorbitant.

Cette montée en gamme a de multiples explications.

D’abord, les nouvelles générations de vignerons ne travaillent plus au doigt mouillé mais ont élaboré des vinifications quasi "scientifiques" en replantant et en renouvelant leurs matériels.
Un travail de fond, qui a amené leurs productions à un niveau qualitatif élevé, sensible à l’air du temps (actuellement, les robes des vins sont très pales avec des macérations réduites pour séduire la clientèle féminine). La fermentation à froid et la réduction de l’oxydation (cuves en inox, azote) ont aussi permis d’obtenir des vins avec une aromatique précise.

Investissements, export

L’arrivée de gros investisseurs étrangers a également permis de véhiculer l’image de marque de nos rosés, l’exemple le plus représentatif étant celui de Brad Pitt et Angelina Jolie qui ont acheté un domaine dans le Var. À leur suite, le tout-Hollywood ne veut plus boire que du rosé de Provence...
Ce coup d’accélérateur se traduit dans la sécheresse des chiffres : en 2018, l’AOC Côtes-de-Provence a exporté 37% de sa production contre seulement 7% en 2010. Dans le même temps, les exportations ont progressé de... 715% (!) en valeur. Autrement dit : les bouteilles se vendent (beaucoup) plus cher, chacun a pu en faire le constat ces dernières années.

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Le Rosé a trouvé sa place sur nos tables, et pas que l’été ! (DR)

Ce vin de soleil a aussi séduit la nuit avec de nouveaux cocktails à base de rosé dans les endroits branchés de la planète. Et, dans le haut de gamme, les sommeliers des grandes tables étoilées qui le font figurer sur leurs cartes à l’égal des grands crus.
Dans le Var, Sacha Lichine, ancien propriétaire d’un château à Margaux, a vendu ce dernier pour s’installer au Château d’Esclans à La Motte près de Draguignan. Il vend la bouteille de rosé "la plus chère du monde", sa cuvée Garrus étant facturée 99 euros le flacon, prix constaté sur les sites marchands d’internet.
Voilà qui donne des idées à d’autres producteurs et qui nous éloigne de l’aimable piquette des années 70 produite par des caves coopératives aujourd’hui en voie de disparition.

Dans les A-M aussi

Car avec les vignes, les investisseurs font coup double en aménageant à coups de millions les domaines dans lesquels ils installent des chambres d’hôte de grand luxe pour séduire la clientèle russe, américaine, suédoise et autres à fort pouvoir d’achat.
Dans les Alpes-Maritimes, le vignoble est plus réduit, mais tout autant qualitatif : L’AOC Bellet a une réputation inversement proportionnelle à la superficie de son vignoble limité à une soixantaine d’hectares sur le poudingue niçois.. À Villars-sur-Var, le "Clos Saint Joseph" et sur les hauteurs de Saint Jeannet la famille Rasse complètent cette famille de vins originaux et rares.
Il est temps maintenant de déguster, avec modération, pour apprécier cette vague rosée qui déferle dans nos verres.
Santé !

Climat et typicité

En Provence comme dans les autres vignobles, la problématique du changement climatique devient de plus en plus centrale, posant la question de la permanence de la typicité des vins. "La combinaison d’une augmentation du degré d’alcool, de la baisse d’acidité, de teneurs en polyphénols plus élevées et de la diminution des arômes pourrait affecter le style des vins" explique Gilles Masson, directeur du Centre de recherche et d’expérimentation sur le vin Rosé basé à Vidauban. "C’est pourquoi nous travaillons aujourd’hui à des stratégies d’adaptation qui concernent le choix des cépages, qu’il s’agisse de variétés anciennes, étrangères ou issues de nouveaux croisements, ainsi que le mode de conduite du vignoble."

Les chiffres

- 348 caves particulières et
- 40 coopératives produisent les vins rosés Côtes de Provence.
- 20 150 hectares cultivés.
- 118 millions de bouteilles vendues !
(2018).
- 3 départements, 4 AOC (Côtes de Provence, Coteaux d’Aix en Provence, Coteaux varois en Provence et Bellet)

Photo de une (illustration Photo Cedric Skrzypczak-CIVP) La région produit 42% des AOC français en rosé.

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