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25 janvier 2018

En rupture avec les (...)
En rupture avec les habitudes anciennes
Jean-Michel Chevalier
Les Petites Affiches

Une nouvelle page de la vie sociale de notre pays vient de s’ouvrir avec la signature par le groupe PSA de la première rupture conventionnelle collective. Sur les six syndicats représentatifs de l’entreprise, seule la CGT n’a pas mis son paraphe au bas de cet accord issu de la récente réforme du Code du travail.
Mille trois cents salariés vont donc prendre la porte volontairement, tandis que le Lion promet d’embaucher un nombre au moins égal de personnes qui seront déployées pour la plupart sur de nouveaux métiers.
Cette souplesse dans la gestion des effectifs va permettre au constructeur de négocier au mieux les défis qui se présentent devant son capot. Sa réussite, et donc sa pérennité, dépendra du succès que remporteront les prochains modèles qui vont tourner le dos au diesel polluant pour apprivoiser les moteurs électriques plus vertueux.
Robotisation aidant, on ne construit déjà plus les voitures d’aujourd’hui - et à fortiori celles de demain - de la même façon que l’on assemblait la bonne vieille 403 Peugeot de l’inspecteur Colombo. Il faudra donc de nouvelles compétences, de nouveaux talents, de nouvelles organisations pour affronter la concurrence mondiale et séduire la clientèle.
C’est un nouveau choc culturel - PSA excellait dans les motorisations gasoil - et industriel auquel nous assistons. Il se déroule sous nos yeux à une vitesse qui affolerait les radars.
Il y a encore quatre ans, PSA était moribond alors même que les effectifs du "mammouth" avait déjà été dégraissés de façon drastique, passant de 108 000 à 72 000 en France entre 2008 et 2016. Une purge terrible qui n’avait pas été accompagnée des mêmes garanties que celles contractualisées par la nouvelle rupture conventionnelle collective, et qui avait fait descendre les syndicats dans la rue.
Les gagnants de cette opération seront bien sûr les jeunes et les CDD - ce sont souvent les mêmes - qui auront l’occasion de se faire un place dans les ateliers et bureaux d’études. Sans doute aussi quelque seniors qui, bien accompagnés, pourront devancer la date de leur départ à la retraite.
Pourtant, cette rupture conventionnelle collective a aussi sa part d’ombre : de vrais postes sont supprimés, des employés ont pu se désigner volontaires parce qu’ils ne peuvent aller travailler dans d’autres usines du groupe, pour des raisons familiales par exemple, etc. Il sera temps, dans quelques mois, de faire le bilan social et humain de cette opération menée avec succès par PSA et loupée par Pimkie. Les syndicats, même la CGT protestataire, ont toute leur place dans le devenir de cette mesure qui vient de bousculer cinquante années d’habitudes sociales dans notre pays.

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