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21 décembre 2017

La course cycliste (...)
La course cycliste révélatrice du dopage législatif et réglementaire
Jean-Michel Chevalier
Les Petites Affiches

Ces cinquante dernières années, toutes les techniques ont fait des progrès exponentiels, apportant davantage de confort, de sécurité et de performances. Cela est vrai dans tous les domaines, dans le médical, dans le numérique, dans l’ensemble des activités humaines qui se trouvent facilitées et améliorées.
Mais cette excellence a aussi créé des attentes et des exigences. Elles se traduisent notamment par une judiciarisation galopante, sans doute sous l’effet de l’exemple américain. Le législateur n’est pas resté à l’abri de ces progrès en empilant les lois tandis que les administrations ont multiplié les règlements, créant à l’évidence un (petit) enfer pavé de (bonnes) intentions.
Le résultat de cette tendance sociétale est que nous vivons dans un monde toujours plus complexe, et qui risque encore de se déshumaniser davantage au fil du temps, puisque les individus seront obligés d’évoluer selon des normes toujours plus contraignantes pour répondre aux besoins de tous.
Un jour, à l’occasion d’un dîner en ville, j’assistais à une conversation édifiante entre un sous-préfet et l’organisateur d’une course cycliste. Entre la poire et le fromage, le représentant de l’État expliquait à son interlocuteur, d’un ton badin mais qui se voulait pragmatique, que ce dernier n’avait aucune idée des risques qu’il prenait en lançant sur les routes de l’arrière-pays un peloton de cyclistes. À la moindre chute, sa responsabilité pénale pouvait être engagée s’il n’avait pas fait balayer une plaque de sable dans un virage, s’il n’avait pas prévu la pluie rendant la chaussée glissante, si, si, si... Tout juste si le pauvre organisateur n’aurait pas été responsable d’un rhume contracté par un coureur douché par la pluie...
La sophistication légale et réglementaire complexifie nos rapports humains. Bien qu’il annonce régulièrement des "simplification administratives", l’État n’est pas le dernier à se soucier de notre bonheur. Il a même une propension à prendre des mesures contraignantes qui ne lui coûtent rien : renforcement du contrôle technique des véhicules, des diagnostics immobiliers en cas de vente ou de location, toujours plus d’obligations diverses et variées prises au nom de bonnes causes (la sécurité routière, l’information des locataires) mais qui en arrivent insidieusement à modifier notre perception des choses.
Cette volonté de tout prévoir, de tout encadrer fait que l’on ne supporte plus les chutes de neige et les orages (la faute à la météo) et les chutes de vélo (la faute à l’organisateur).
Prenons garde à ce qu’en tous domaines la prévention, souhaitable, ne devienne pas au final un empêchement. Carpe diem !

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