Economie

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15 novembre 2018

La vieille Europe à (...)
La vieille Europe à l'épreuve de la politique du tweet
Jean-Michel Chevalier
Les Petites Affiches

Nous avons appris ces deux dernières années que Donald Trump ne s’encombrait ni de nuances, ni de finesse, dans sa manière de diriger les affaires et la politique étrangère des USA qui sont encore - pour combien de temps ? - la première puissance économique et militaire du monde.
Qu’il ait balancé, au moment d’atterrir en France, un tweet grossier pour dézinguer son ami Emmanuel Macron n’aura surpris personne. L’étonnement vient plutôt du moment choisi : le président américain arrivait en Europe pour célébrer la fin de la Grande guerre sur ce sol où, soit dit en passant, 116 000 soldats US ont laissé la vie aux côtés de leurs camarades alliés.
Alors oui, c’est un peu fort de café de faire de la politique de manière aussi primaire. Mais peut-être que les quelques lignes d’un tweet sont pour lui déjà beaucoup pour exprimer une pensée plus courte que sa blonde houppette...
Les Américains éduqués se désolent chaque jour un peu plus de l’attitude de leur président qui véhicule une image désastreuse des USA dans le monde. Et ils n’ont pas fini de se faire des cheveux puisqu’à défaut d’élégance, la manière du locataire de la Maison blanche se révèle d’une redoutable efficacité.
Une enquête ouverte contre lui ? Le ministre de la justice est viré, après quantité d’autres responsables devenus coupables de ne pas obéir sans discuter. Une question dérangeante ? Un journaliste se fait insulter et, à travers lui, des millions d’Américains. La chambre devenue républicaine entend-elle ne pas construire un mur de la honte à la frontière mexicaine que Trump promet un "mur administratif"...

Alors disons les choses brutalement : le président US s’éloigne chaque jour un peu plus de la démocratie ordinaire.

De celle qui s’enrichit des débats basés sur les divergences de vision et de conception, qui organise le vivre ensemble en étant tous différents mais tous solidaires. Il organise aujourd’hui les mesures que son pays a naguère combattues (le mur de Berlin, le totalitarisme) en prenant l’attitude des personnages peu recommandables que l’histoire nous a appris à reconnaître. C’est une version inquiétante et paranoïaque de son "coup d’État permanent", où tout ce qui dérange est traité de "fake news" ou de complot.

Alors oui, Macron a sans doute raison de vouloir que l’Europe organise sa propre défense. Parce qu’elle ne peut plus compter sur le parapluie américain qui pourrait, d’un tweet, être brutalement replié.
Prendre ses distances avec un ami est toujours douloureux. Mais qu’il sera bon de se retrouver dans quelques années, le plus tôt possible...

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