Economie

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27 juillet 2017

Quand la grande muette
Quand la grande muette ramène un peu trop sa fraise
Jean-Michel Chevalier
Les Petites Affiches

C’est le psychodrame de l’été. Il n’amuse pas grand monde, il n’inquiète personne. Mais il est révélateur de notre époque où tous les codes sont bousculés. Qu’un général 5 étoiles, chef d’état major de surcroit, épanche son vague à l’âme comme une midinette énamourée, il y a - déjà - de quoi surprendre. Comme son nom l’indique, la "grande muette" n’est pas habituée à de tels déballages. Mais qu’en plus, le plus haut responsable militaire du pays se permette par la suite une démission fracassante en claquant la porte au nez du président de la République, il y a, sinon une affaire, du moins un problème d’État dans cet épisode estival.
Le général Pierre de Villiers n’a pu accepter que les crédits de la Défense soient ratiboisés. Soit. Sans doute a-t-il de bonnes raisons, alors que nos armées sont engagées sur plusieurs théâtres d’opérations, en Afrique et au Moyen Orient, et aussi sollicitées par l’opération "Sentinelles". Dès lors, on comprend qu’elles soient sous pression et aient besoin de moyens pour réaliser leurs missions. Il a donc fait preuve de la force de caractère indispensable à celui qui doit assurer la sécurité du territoire.
Mais ce désaccord avec le président aurait dû rester dans le secret "confidentiel défense" des discussions entre le chef de l’État, qui est aussi le chef des armées, et le grand stratège de nos armées. Lequel aurait dû partir sur la pointe des pieds et être remplacé illico et sans esclandre. Ce qui est en jeu, ce n’est pas une simple affaire de préséance. C’est l’autorité, claironnée bien fort dans les médias par Emmanuel Macron, qui vient d’être sérieusement écornée par un subordonné étoilé. Jupiter en personne y laisse des plumes...
L’histoire montre que lorsqu’un quarteron de galonnés se met à ruer dans les brancards, c’est tout l’édifice républicain qui est secoué. Si le président a raison de rappeler que l’armée doit rester imperméable aux influences militaro-industrielles, il a de toute évidence mal géré cette crise qui a fini par lui exploser au visage.
Comment ce moment a t-il été ressenti par Vladimir Poutine, dont l’attitude vis-à-vis des pays européens est, disons, assez inamicale, pour rester poli ? On imagine sa stupéfaction devant une situation française jusqu’à la caricature, qui n’est pas sans rappeler les meilleures opérettes d’Offenbach.
Et vous, vous voyez le général de Gaulle contredit par son chef d’état major ?Passé la polémique, pour le bon fonctionnement de notre démocratie, la primauté doit revenir au politique. Les militaires, même galonnés, se doivent de rester dans le rang et... en silence.

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