Tourisme mondial : la croissance ralentit sous l’effet des tensions au Moyen-Orient
- Par Valérie Noriega --
- le 2 juin 2026
Le tourisme international a poursuivi sa progression au premier trimestre 2026, mais à un rythme plus modéré qu’attendu. Selon les dernières données d’ONU Tourisme, 307 millions de voyageurs ont effectué un déplacement à l’étranger entre janvier et mars, soit une hausse de 2 % par rapport à la même période de 2025.
Cette croissance, qui représente environ 6 millions de touristes supplémentaires sur un an, masque toutefois un net ralentissement en mars. Après des progressions cumulées de 2,5 % en janvier et février, les arrivées internationales n’ont augmenté que de 0,4 % le mois suivant, sous l’effet des perturbations liées au conflit au Moyen-Orient.
Le conflit pèse sur les perspectives
ONU Tourisme estime désormais que la crise géopolitique pourrait amputer de 1 à 2 points la croissance du tourisme mondial en 2026. L’organisation tablait jusqu’ici sur une progression comprise entre 3 % et 4 %. Les conséquences dépassent largement la région concernée. La désorganisation du trafic aérien, les détournements de vols, la hausse des prix du pétrole et les tensions sur l’approvisionnement en kérosène alimentent une augmentation des coûts de transport et réduisent certaines capacités aériennes. Cette situation pourrait encourager les voyageurs à privilégier des destinations plus proches tout en pesant sur la demande globale.
L’Europe et l’Afrique en tête
L’Europe confirme son statut de premier marché touristique mondial. Le continent a accueilli plus de 130 millions de visiteurs internationaux au premier trimestre, soit une hausse de 4 % sur un an. L’Europe centrale et orientale affiche la meilleure performance régionale (+6 %), tandis que l’Europe du Nord et l’Europe méditerranéenne progressent chacune de 4 %.
L’Afrique enregistre également une croissance de 4 %, portée notamment par l’Afrique du Nord. Cette dernière a bénéficié d’une forte accélération en mars, avec une hausse de 18 % des arrivées.
L’Asie-Pacifique affiche une progression de 3 %, malgré un ralentissement lié aux perturbations des grandes plateformes de correspondance du Moyen-Orient. La région reste toutefois en retrait de 11 % par rapport à ses niveaux d’avant-pandémie.
Pour les Amériques, la croissance atteint 2 %, soutenue par l’Amérique centrale (+18 %), tandis que l’Amérique du Sud recule légèrement (-1 %).
Le Moyen-Orient décroche
La région la plus affectée est sans surprise le Moyen-Orient, où les arrivées internationales ont chuté de 14 % sur les trois premiers mois de l’année. Plusieurs destinations du Golfe ont enregistré de fortes baisses de fréquentation. L’Égypte fait figure d’exception avec une progression de 16 %. Cette contre-performance intervient après plusieurs années de forte reprise post-Covid : en 2025, les arrivées dans la région dépassaient encore de 40 % leur niveau de 2019.
Des performances contrastées selon les destinations
Parmi les destinations les plus dynamiques du trimestre figurent le Paraguay (+46 %), la Nouvelle-Zélande (+45 %), le Salvador (+43 %), la Mongolie (+39 %), les Palaos (+37 %) et l’Ouzbékistan (+37 %). Du côté des recettes touristiques, le Pakistan (+60 %), la Corée du Sud (+38 %), le Maroc (+24 %), le Brunei (+22 %) et le Brésil (+12 %) enregistrent les plus fortes progressions.
Été : « optimisme prudent »
Pour la période mai-août 2026, ONU Tourisme fait état d’un « optimisme prudent ». Son indice de confiance, fondé sur les réponses de 300 professionnels du secteur, ressort à 105 sur 200, contre 117 pour les quatre premiers mois de l’année.
Les principaux facteurs d’inquiétude restent le conflit au Moyen-Orient, le coût élevé des transports et de l’hébergement ainsi que les incertitudes économiques. Plus de six experts sur dix estiment que la crise affecte négativement la demande touristique dans leur destination. Dans ce contexte, les voyageurs devraient continuer à privilégier le rapport qualité-prix et les séjours de proximité. En Amérique du Nord, la Coupe du monde de football organisée aux États-Unis, au Canada et au Mexique pourrait néanmoins soutenir la fréquentation estivale.
Le transport aérien sous tension
Les indicateurs sectoriels confirment l’impact de la crise sur les déplacements internationaux. Selon l’IATA, le trafic aérien mondial a progressé de 4 % au premier trimestre, mais a reculé de 1 % en mars. Les transporteurs du Moyen-Orient ont enregistré une chute de 61 % de leur trafic international ce mois-là. La capacité aérienne mondiale n’a augmenté que de 2 % sur le trimestre, avant de reculer de 6 % en mars. Dans l’hôtellerie, le taux d’occupation mondial est resté stable à 64 % en mars. Le Moyen-Orient a toutefois subi un net décrochage, passant de 75 % d’occupation en janvier à seulement 48 % en mars, illustrant l’ampleur du choc subi par la région.