Economie

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14 février 2019

Un poil de politique-fict
Un poil de politique-fiction pour se décontracter un tantinet...
Jean-Michel Chevalier
Les Petites Affiches

Comme le temps passe vite : nous sommes déjà en 2069 - année érotique aurait dit Serge Gainsbourg - et les gilets jaunes en sont arrivés à leur 714ème week-end de protestation.
Depuis le début de ce mouvement, les forces de l’ordre ont beaucoup travaillé : selon le ministère de l’Intérieur, trois millions et demi de personnes ont été interpellées en cinquante ans, dont 275 486 qui furent mises en examen.
Pour la Chancellerie, 31 254 ont été condamnées à de la prison ferme.
Selon les organisateurs, ces chiffres sont à multiplier par dix, mais cela nous paraît très exagéré...
Rapporté à la population - 82 millions d’habitants, recensement Insee de 2065 - nous sommes tout à fait dans les standards internationaux : le ratio personnes libres/personnes emprisonnées est le même qu’en Russie, qu’en Corée du Nord et qu’aux États-Unis, les trois grandes démocraties de référence, depuis que l’Europe s’est laissée emporter par une vague protectionniste et qu’elle est désormais réduite au "couple" franco-allemand, après les défections britanniques, italiennes, hongroises, polonaises...
Il n’y a donc pas lieu de s’inquiéter, et si l’on a déploré il y a un demi-siècle des blessés graves dans les manifestations, tout est maintenant rentré dans l’ordre grâce à l’intelligence artificielle.
La CNIL a - enfin et heureusement - permis la reconnaissance faciale alliée à l’inspection préventive des cerveaux, y compris chez les mineurs de moins de cinq ans. Grâce à ces progrès technologiques, les préfets n’ont plus eu besoin de prendre des arrêtés d’interdiction dans le cadre de la loi "anti casseurs" de 2019 devenue obsolète.
De même, la dernière génération de robots intelligents et autonomes - les fameux Benallator - sont à même d’attraper tout en douceur ceux qui brisent les vitrines, brûlent des voitures ou - plus grave encore - crient des slogans réprobateurs envers nos bons dirigeants, si éclairés, si à l’écoute, et qui tolèrent depuis si longtemps l’exhibition de ces vêtements disgracieux à tous les carrefours.
Il faut reconnaître, objectivement, tout ce que ce mouvement a apporté de positif à l’économie du pays : grâce à lui, nous sommes devenus les champions mondiaux des fabricants de gilets jaunes, de foulards rouges, de bonnets verts (quand les écolos s’en sont mêlés), de bonnets d’âne aussi, de matraques, de gaz lacrymo et de collyres. Grâce aux casseurs qui ont dopé l’audience tous ces 714 week-ends, nos télévisions ont engrangé des recettes record, qui permettent de développer des émissions culturelles, où l’on voit des candidats musclés se pavaner sous les palmiers en essayant de séduire la copine du voisin. Les vitriers sont, eux aussi, devenus une corporation prospère. Il n’y a guère que les petits commerçants dont les vitrines furent pulvérisées et les marchandises pillées, et les cafetiers aux terrasses ravagées, qui ont disparu des centres-villes. Ils pourraient se plaindre, mais pour eux il est trop tard : ils n’ont pas su s’adapter à temps au monde moderne et les derniers d’entre-eux viennent de tirer le rideau..
Voilà pourquoi tous les présidents depuis Emmanuel Macron n’ont pas voulu remettre en cause les épisodes successifs des gilets jaunes. Lesquels attirent aujourd’hui, en 2069, des millions de touristes du monde entier, pour faire avec eux des selfies. Ce qui est bon pour l’image du pays, pour son activité touristique et pour cultiver cette "exception française" à laquelle nous sommes tant attachés.

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