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28 décembre 2017

Une "force de frappe",
Une "force de frappe", oui. Mais sans renier les principes...
Jean-Michel Chevalier
Les Petites Affiches

Les marins ont coutume de dire que l’on n’a encore jamais vu de tempête qui n’ait pas de fin. Il en est de même avec le terrorisme : les années de plomb en Italie, Action Directe en France, la Bande à Baader en Allemagne et toutes les autres "insurrections" aussi criminelles que politiques ont fini par passer. Leurs auteurs étant tombés, les armes à la main, ou ont été enfermés après avoir été jugés.
N’en doutons pas : il en sera de même avec Daesh, l’E.I., Boko Haram et les autres "groupes" qui sèment la terreur partout dans le monde. Sauf que, cette fois, les ennemis, qui n’ont rien d’autre en commun que la détestation de notre façon de vivre, sont disséminés sur la planète entière. Mal identifiés dans des régions difficiles, ou "dormants", bien cachés et bien au chaud dans nos démocraties. Ils attendent le moment d’agir. En deux mots : difficilement saisissables.
Il faudra donc sans doute une génération ou plus pour que les illuminés, plus proches du grand banditisme que de la religion, finissent par disparaître.
Face au danger toujours présent, la Garde des Sceaux veut créer une "force de frappe judiciaire" pour permettre à la justice de travailler efficacement en créant un parquet spécialisé, doté de moyens, avec des magistrats qui n’auraient d’autres tâches que de mener les instructions. "Force de frappe", une expression guerrière pour désigner les nouvelles lois et dispositions prises pour accompagner la toute récente sortie de l’état d’urgence.
L’intention de donner de la force au glaive de la justice est louable. Mais l’idée de ce parquet spécialisé ne fait pas l’unanimité. Ainsi l’Union Syndicale des Magistrats, majoritaire dans la profession, est loin d’être convaincu puisqu’il considère qu’en cas d’urgence tous les magistrats peuvent être aujourd’hui immédiatement mobilisés pour renforcer la section antiterroriste. Il pointe les difficultés à venir, comme le "cloisonnement" qui ne facilitera pas les échanges d’informations, les "interconnexions avec le suivi d’autres affaires, notamment en matière de criminalité organisée".
La classe politique elle-même est divisée, entre le centre et la droite plutôt favorables à cette création tandis qu’une grande partie de la gauche a génétiquement tendance à se méfier des juridictions spécialisées qui n’ont pas toujours laissé de bons souvenirs dans l’Histoire...
Avec un président qui veut aller vite en toutes matières, profitant d’une opposition encore inaudible, Nicole Belloubet a peu de temps pour créer cette "force de frappe judiciaire". Et surtout une obligation : qu’elle soit efficace, sans porter atteinte aux valeurs démocratiques, qui démontrent chaque jour qu’elles sont plus fortes que le terrorisme.

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